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Municipales: le parti d'Aimé Césaire face à la menace d'une défaite historique à Fort-de-France
information fournie par AFP 05/03/2026 à 08:07

Vue de Fort-de-France, en Martinique, le 13 novembre 2024 ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Vue de Fort-de-France, en Martinique, le 13 novembre 2024 ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Le Parti progressiste martiniquais (PPM), fondé par Aimé Césaire et maître de Fort-de-France depuis 1958, aborde les élections municipales dans une position inédite: fragilisé par les affaires judiciaires et une opposition inédite par son nombre, il pourrait perdre la capitale martiniquaise.

"Les gens ont un besoin de changement", assène l'indépendantiste Francis Carole, 67 ans, principal opposant au conseil municipal et tête de liste de "Démaré Fodfwans", un nom à double sens promettant la libération de la ville et son redémarrage économique.

Pour s'imposer "dès le premier tour", le président du Palima (Parti de libération de la Martinique) a forgé une alliance hétéroclite dont l'annonce avait surpris en novembre: cinq formations dont le Parti communiste martiniquais, unies avec la députée de la circonscription Béatrice Bellay (PS).

Un atout de taille: lors des législatives de juin 2024, Béatrice Bellay avait battu le candidat PPM, privant le parti de parlementaires pour la première fois de son histoire.

"Ce n'est pas une alliance contre-nature", se défend Francis Carole. "Mme Bellay s'est clairement positionnée sur les combats de la spoliation des terres, du chlordécone et pour l'autodétermination de la Kanaky (Nouvelle-Calédonie, ndlr)", autre territoire ultramarin aux velléités indépendantistes, justifie cet enseignant à la retraite.

- Redressement des comptes -

Déloger le PPM de l'hôtel de ville du boulevard du Général-de-Gaulle reste une tâche ardue. Le parti dirige Fort-de-France depuis sa création par le poète et homme politique Aimé Césaire (maire de 1945 à 2001), d'abord élu sous les couleurs du PC.

"Le PPM n'a jamais été aussi faible", observe Justin Daniel, professeur de sciences politiques à l'université des Antilles, qui tempère toutefois l'idée d'une chute inévitable: "Le parti dispose d'un socle électoral qui, même avec l'abstention, permet la réélection du maire sortant".

Pour ce dernier, le contexte est délicat. Didier Laguerre, 60 ans, est poursuivi dans une affaire de recel de détournement de fonds publics. Il vient d'être relaxé par le tribunal correctionnel de Paris mais le Parquet national financier a fait appel.

Son principal atout reste le redressement des finances de la ville. Les comptes, déficitaires de 55 millions d'euros en 2019 selon la Chambre régionale des comptes, affichent désormais un excédent de quatre millions.

Réélu dès le premier tour en 2020 avec 67% des voix, Didier Laguerre s'appuie sur ce bilan.

Mais ses adversaires lui imputent la désertion du centre-ville, la perte de 11.000 habitants entre 2011 et 2022 et la multiplication des homicides. "Ce qui préoccupe les Martiniquais, c'est le mauvais état des services publics", rappelle Justin Daniel.

- Une émanation du RPPRAC -

Un autre challenger a émergé du mouvement social contre la vie chère, qui a paralysé l'île à l'automne 2024. Steeve Moreau, 51 ans, ex-adjoint à la sécurité, avait quitté le PPM à ce moment-là.

Le voilà tête de liste du Parti pour le peuple (PLP), fondé par Rodrigue Petitot, président du Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources afro-caribéennes (RPPRAC), le collectif né lors de la contestation.

"Il faut du changement", juge Steeve Moreau, soulignant "la forte précarité qui règne à Fort-de-France". Si Rodrigue Petitot ne figure pas sur sa liste, les deux hommes revendiquent "une idéologie nouvelle" et "une démocratie +participactive+".

Ils espèrent traduire le mouvement de contestation de la vie chère dans les urnes, même si "les mouvements populaires n'ont pas pu aboutir en politique", reconnaît M. Petitot, devenu grâce à ses vidéos sur les réseaux sociaux et les actions de ses militants le visage du mouvement.

La journaliste Nathalie Jos, soutenue par les députés indépendantistes Jean-Philippe Nilor et Marcellin Nadeau, et Gabriel Jean-Marie, du parti trotskiste antillais Combat Ouvrier, complètent une opposition particulièrement morcelée.

L'abstention reste l'inconnue centrale: 75% des inscrits ne s'étaient pas déplacés en 2020 dans la ville de 75.000 habitants. Face à une opposition divisée, "le tout sauf le PPM peut s'avérer improductif", avertit Justin Daniel.

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